Comment appeler la chatte des petites filles ?2018-10-21T12:17:27+00:00

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Comment appeler la chatte des petites filles ?

Le fait de nommer le sexe féminin par un nom dérivé du terme désignant le sexe masculin – « kékette » ou « zézette », donc- est tout, sauf girl power. Il est temps d’appeler une chatte de petite fille une, heu…

Tout a commencé par une séance d’autopromo sur Instagram la semaine dernière. Dans ma story, je haranguais innocemment la foule en délire (j’imagine…) pour qu’elle achète le dernier numéro de Cosmopolitan dans lequel j’ai écrit un article intitulé : « Le sexe, c’est meilleur à trente ans ». Jamais avare d’une boutade galante, comme on disait avant #MeToo, j’ajoute : « Ca parle de zizis et de zézettes, ça devrait vous plaire ! » (LOL pouet prout, Jean-Marie Bigard sors de mon corps, bref). Une de mes abonné.e.s a alors réagi pour me demander très justement : 

Ce à quoi j’ai répondu :

Car c’est une excellente question, à laquelle j’ai invité mes abonné.e.s à répondre : comment appellent-ils/elles le sexe d’une petite fille ?

Et là, tsunami de réponses :

craquette, vulvette, tutu, frifri, minou, crica, pussy, pschocha, titi, mounette, lune, minette, kikite, nénette, kik, mimine, foufoune, mounine, choupinette, foufounette, toutoune, stouquette, toune, paroufe, moulette, foune, mimiche, pissou, zézette, zouzou, fifi, kékette, pompon, pépette, didine, teuch, zizounette, pipinette, cocotte, mounine, kikine, mimi, bichette, choupette, chocho, ninoune, chmandale, noisette, marguerite, soussoune, niniche, pépette, moulot, patchole, pantoufle (!!!!!), figuounette, garikenn, parrocha, précieux, gaufrette, bistouquine, nounouche, toutoune, kitty, nounette, trouloulou, p’tit poisson, pépite, mouflette, lili, prune, abricot, cucu, patata, figa, kinette, yoyo, chouchoute…

La story est enregistrée sur mon compte sous ma bio (n’hésitez pas à vous abonner au passage si ce n’est déjà fait, clin d’oeil et sourire de vendeur de SUV).

Plusieurs remarques liminaires :

  1. C’est la première fois que l’une de mes stories suscite un tel engouement : j’ai obtenu plus de 500 réponses en 24h, ce qui a évidemment gonflé mon ego déjà turgescent, mais indique surtout que le sujet divise autant qu’il passionne autrement plus que mes selfies à filtres lapin.
  2. A priori, aucun garçon n’a répondu, alors que plus de 30% de mes abonné.e.s sont des hommes.
  3. Plusieurs termes reviennent souvent, comme « zézette », « kékette » ou « kiki », dérivés de termes masculins, mais aussi « foufoune » ou « foune ». 
  4. Les 3/4 des réponses précisaient : « dans ma famille, on dit… » ou « dans ma région on dit… »
  5. Seules deux personnes m’ont opposé : « Mais comment on sait que kiki n’est pas un dérivé de kékette ? ». Le féminin ne l’a jamais emporté sur le masculin, ni dans la vie ni dans le dico, point. Le monde entier en est la preuve, mais adressez-vous à un.e linguiste pour plus de détails.

A la grosse louche, j’en déduis que 1/ les mecs ne se sentent pas concernés, ce qui est assez logique puisqu’ils disposent de termes universels pour désigner leur pénis depuis fort longtemps, 2/ nous sommes loin de pouvoir en dire autant, puisque hormis « foufoune », qui ne semble pas être utilisé partout et par toutes, chaque famille paraît avoir sa façon de nommer cet appareil merveilleux qui procure du pipi, du plaisir voire des orgasmes et des bébés.

Cela ne serait pas grave si ce n’était pas symptomatique de la place des filles puis des femmes dans la société moderne.

Les petits garçons connaissent leur sexe car ils le voient, et que les parents le nomment peu ou prou de la même façon. Je n’ai pas fait d’études sur la question, mais je n’ai pas l’impression qu’il existe des centaines de noms pour désigner le sexe d’un petit garçon, j’ai l’impression au contraire qu’on est sur un consensus autour de quatre-cinq noms max, que tout le monde connait en France et en Navarre, même les petites filles. A mon avis, de Lille à Marseille en passant par Strasbourg ou Brest, ce qui fait de sacrés détours (bonjour l’empreinte écologique), tout le monde sait de quoi on parle quand on évoque un « zizi », une « zigounette » ou un « kiki ». Par ailleurs, ça fait un paquet de centaines d’années que les livres d’anatomie et de biologie nomment et représentent le pénis correctement : facile, après tout, la plus grande partie de l’iceberg est émergée.

Ce qui n’est pas le cas du sexe des petites filles, dont on ne voit qu’une fente plus tard recouverte par des poils : pas étonnant que pendant longtemps, toutes sortes de légendes ahurissantes et terrifiantes aient circulé autour de ce trou rentré à l’intérieur du corps qu’on ne peut pas voir, et qui contient forcément des pièges, des dents voire des loups (la philosophe Olivia Gazalé parle des légendes vaginales dans son ouvrage Le mythe de la virilité, que je vous recommande chaudement tellement il est passionnant).

Pas étonnant (enfin, un peu quand même) qu’il ait fallu attendre… 2017, je répète, 20fuckin17 pour qu’un manuel de SVT -un seul, édité aux éditions Magnard- représente correctement un clitoris, cette partie du corps féminin qui ne sert à rien sinon à donner du plaisir, et qui est deux fois plus inervé, donc sensible que le pénis (8000 terminaisons nerveuses contre 4000). Cet « oubli » a des conséquences : une Française de quinze ans sur quatre ignore qu’elle a un clitoris, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publié en juin 2016 . Ce qui signifie qu’à l’âge où l’on construit sa sexualité, 25% des filles ne savent pas que leur vulve contient un organe dédié à leur plaisir, ce qui est assez couillon, dans la mesure où tenter de jouir sans que le clitoris ne soit stimulé est à peu près aussi facile que de marquer un but les yeux bandés. Plus grave : selon le même rapport, 84% des filles de 13 ans ne savent pas représenter leur sexe, alors que plus de la moitié savent représenter le sexe masculin.

Et là je ne rigole plus du tout. Voir et entendre nommer son sexe font que les petits garçons dessinent très vite des bites sur les murs et sur les tables parce qu’ils en sont fiers (et pourquoi pas ? C’est formidable, un pénis !), et parce qu’ils ont l’impression qu’elle fait partie intégrante de leur identité, ce qui leur permettra plus tard de se masturber fièrement et de le dire aux sondeurs qui leur poseront la question : en 2017, 95% des Français disaient s’être masturbés, contre 73% dans les années 70. 

A contrario, les petites filles ne voient pas leur sexe qui porte un nom différent de celui de leur copine, et est mal représenté dans les manuels scolaires. Hasard ou coïncidence ? Les petites filles devenues grandes touchent moins leur sexe que les garçons, ou en tout cas le disent moins : en 2017, 74% des Françaises disaient s’être masturbées, contre 19% dans les années 70. Et si cet écard vertigineux s’expliquait en partie parce que de trop nombreuses ex-petites filles devenues femmes ignoraient qu’elles ont un clitoris susceptible de devenir leur meilleur ami s’ils faisaient connaissance ?

Comment voulez-vous être fière d’un sexe qui n’a pas de nom universel, et dont on ne peut pas avoir une représentation mentale fidèle ? Le fait de voir notre sexe comme un simple trou portant un surnom de doudou n’aide pas à s’affirmer, ni au lit ni dans la vie. Si l’on apprenait aux filles qu’elles ont entre les cuisses le seul organe du corps humain uniquement dédié à leur seul plaisir, alors peut-être en serait-elle fières, peut-être auraient-elles envie de dessiner des vulves dans les marges de leurs cahiers, peut-être auraient-elle moins peur de « désirer » s’en servir pour leur kif personnel et pas pour faire plaisir aux garçons, peut-être qu’on ne parlerait plus de « garçon manqué », peut-être que les garçons envieraient notre sexe et le respecteraient.

Nommer, c’est libérer. Trouvons donc un nom universel pour nos bébés chattes – déjà qu’on doit partager ce nom avec un animal, alors que « bite » ne désigne qu’une seule et unique (merveilleuse) chose… Foufoune ou Gertrude ou Zbourf, mais qu’on se mette d’accord pour en être fières le plus tôt possible.

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De l’art qui a de la chatte. Le collectif allemand vulvae rend hommage au sexe féminin avec une série d’expositions artistiques et de performances forcément jouissives. A titre perso, j’ai une passion pour Clitzilla, le clito géant qui se balade dans le monde entier pour célébrer « the birth of joy » (la naissance du plaisir). @vulvae_
Des conseils masturbatoires dédiés aux hommes et aux femmes, c’est la bonne et belle idée de ce compte pratique aux magnifiques illustrations grâce auquel nos séances d’onanisme prennent un vrai coup de neuf. @jouissance.club
Des porte-encens gynécologiques, des vénus callipyges, des mugs équipés d’une paire de seins… La céramique féministe et anatomique est en vogue et l’Américaine Jen Dwyer est l’une de ses nombreuses et brillantes porte-drapeau. @jen_dwyer_
Des emporte-pièces vulve, qui devraient ouvrir l’appétit des gourmand.e.s tout en leur faisant réviser leur anatomie. Les positions du Kama Sutra sont bien aussi. Bakerlogy sur Etsy, à partir de 7,80€.