Doit-on interdire aux femmes de se maquiller dans le métro ?2018-10-06T18:41:00+00:00

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Doit-on interdire aux femmes de se maquiller dans le métro ?

Le fait de se maquiller en public est considéré comme le pire des actes d’incivilité dans les transports publics, selon un récent sondage réalisé en Angleterre auprès de gens qui ne se sont manifestement jamais assis à côté d’un amateur de sandwich au thon ou d’un renifleur fou. 
Vendredi 5 octobre


J’admets n’avoir jamais réfléchi à la question-titre de ce post jusqu’à ce que je tombe sur un spot dans le métro de Londres où j’ai passé le week-end dernier, qui priait les passagères de ne pas se maquiller dans le wagon. Comme je ne rate jamais une occasion de me poser des questions jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que l’os du point d’interrogation à ronger, je me suis demandée ce que moi j’interdirais si j’étais cheffe du métro, et une dizaine de choses me sont alors venues spontanément à l’esprit parmi lesquelles : manger du fast food, se déchausser, poser les pieds sur les sièges, écarter les cuisses à 180° -le fameux manspreading qui ne connaît pas la crise en tout cas pas sur ma ligne de métro-, mettre son sac sur le siège à côté comme si le métro était un Uber collectif souterrain, brailler « allô, allô, TU M’ENTENDS, ET LA, TU M’ENTENDS ??? » pendant tout le trajet, se limer les ongles, réclamer le siège sous prétexte qu’on a un bébé en cours, plus de 75 ans ou des membres en moins (je plaisante)… Mais j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé de raison valable d’interdire aux femmes de se maquiller dans les transports publics, sinon pour leur éviter de se planter le mascara dans l’oeil… Toutefois je ne crois pas que la police du make up ait eu cette prévenance, ou cet excès de prudence, non. Je crois plutôt que l’on est là face à un cas de sexisme ordinaire qui me donne une raison supplémentaire de crever un nouveau nuage en levant les yeux aux ciel.

En juin 2017, une journaliste du New York Post partait en croisade contre les serial maquilleuses des transports publics, les invitant à se lever plus tôt pour mettre leur visage dans l’intimité de leur salle de bains, à l’abri des regards. Les arguments invoqués ? « Y a des endroits pour faire ça » et « c’est pas hygiénique » – car c’est bien connu, le métro new yorkais, comme les autres, est aseptisé comme un bloc opératoire : les bactéries refusent d’y entrer.

En 2016, l’agence privée qui gère les transports ferroviaires à Tokyo diffusait un spot publicitaire dans lequel deux passagères se repoudraient le nez sous l’oeil méprisant d’une troisième qui marmonnait : « Mittomonai » (« répugnant », en VF). Malgré le tollé sur les réseaux sociaux, le film n’avait pas été retiré au prétexte qu’il faisait partie d’une campagne visant à éduquer les passagers, qui plaçaient le fait de se maquiller en public au 8ème rang des pires incivilités, devant le fait de prendre des inconnu.e.s en photo sans leur consentement. Le 31 décembre 2016, un homme ordonnait à une femme d’arrêter de se maquiller dans le métro londonien, prétextant que c’était « dégueulasse » : toutes les femmes de la rame ont alors sorti leur trousse de make up pour se refaire la paupière en signe de solidarité avec la délinquante (j’adore cette histoire). Hélas, les londoniens ne se sont pas réconciliés avec le contouring exhib’, puisqu’ils le placent au premier rang des pires incivilités selon un sondage de la BBC daté d’août dernier. 

Quel est donc le vrai problème ? Si j’admets volontiers que le fait de recevoir un nuage de poudre libre sur son manteau crème est désagréable, l’honnêteté devrait pousser les contempteurs à admettre à leur tour que le risque est infime, puisque les dames qui se maquillent dans le métro sont en général équipées de matériel compact qui ne nécessite pas de faire de grands gestes potentiellement préjudiciables à l’intégrité vestimentaire ou physique des autres passagers (et puis qui porte des manteaux crème dans les transports publics, de toute façon ?) Le graphiste qui a représenté une silhouette féminine éborgnant son voisin en se coiffant dans le métro new yorkais est donc légèrement mélodramatique. A titre personnel, je n’ai jamais croisé personne se faire un brushing hollywoodien dans le métro, que j’emprunte quotidiennement depuis presque 20 ans… Je le soupçonne donc d’être cousin avec le graphiste qui a dessiné le lapin rose qui se coince la patte dans le métro parisien – qui a déjà vu un lapin se balader librement dans le métro, franchement ? Surtout debout, en t-shirt et en jean ?

Les risques physiques et sanitaires étant écartés, reste l’aspect purement esthétique de l’opération. Si le fait d’appliquer du rouge à lèvres dans le métro est acceptable pour la majorité des usagers britanniques, décidément obsédés par cette histoire de make-up collectif, parce que jugé sexy, le fait d’utiliser d’autres produits -fond de teint, eye liner, blush etc- ne l’est pas parce que… Parce queeeeeeeeeeuh…

« Parce que c’est pas beau à regarder » : ça y est, l’inconscient collectif a fini par cracher le noyau de son argument principal. 

Une fille qui écarquille les paupières en roulant les yeux pour appliquer son mascara, qui fronce la bouche à droite puis à gauche pour appliquer son blush ou qui affiche une tête de grenouille sous acides pour étaler son fond de teint ne ressemble pas aux filles des affiches publicitaires, à vrai dire, elle ne ressemble même pas à la version photoshopée qu’elle donnera d’elle-même lorsqu’elle émergera à la surface de la terre : elle ressemble à un être humain dépourvu de mystère qui fait comme il peut avec le temps dont il dispose et qui se préfère en version couleurs qu’en version noir et blanc. Or le fait de reprocher à des êtres humains de vouloir s’améliorer en public, de ne pas constituer le spectacle agréable et charmant qu’ils sont supposés offrir dès la sortie de leur lit procède à mon sens de la même logique de contrôle des corps et des comportements des femmes, ce qui m’agace même si, j’en conviens volontiers, on est là en division 4 du harcèlement de rue (section poussins).

N’empêche. La prochaine fois que vous vous sentirez agressé.e par le fait qu’une femme se maquille devant vous, de grâce, ne soupirez pas, n’envahissez pas son espace, pour citer Patrick Swayze dans « Dirty Dancing ». Regardez ailleurs, tout simplement.

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