Il faut arrêter avec le fantasme du « vrai mec »2018-11-06T12:48:50+00:00

Project Description

Il faut arrêter avec le fantasme du « vrai mec »

Le vrai mec est surtout un vrai connard : il est temps que les femmes cessent de l’aimer et les hommes, de l’imiter.

J’avais prévu de bricoler cet après-midi – de bricoler vraiment : j’adore monter des trucs et percer des murs, or mon plan de travail ne va pas s’installer tout seul*. Après un mois passé à bosser tous les jours même les lendemains de gueule de bois pour financer les projets qui me tiennent à coeur, parmi lesquels cette newsletter, je m’étais dit que j’avais bien mérité de faire de la ponçeuse.

Et bim, ce matin, tsunami de sujets qui me collent des fourmis dans le clavier parmi lesquels, au hasard et dans le désordre : le harcèlement sexuel comme méthode managériale chez Google, le moteur de recherche avec lequel je passe plus de temps qu’avec mon mec, le passage à tabac à Paris d’une jeune femme dont le seul tort a été d’embrasser sa petite amie dans la rue, le discours embarrassant de Sandra Muller sur le plateau du Quotidien hier soir, les photos de Karine Ferri nue diffusées sans son autorisation par Cyril Hanouna dont l’intérieur de la tête a décidément la consistance et l’odeur du vieux Rouy… Mais j’ai posé ma ponçeuse pour vous parler de virilité moderne et désirable.

Tout a commencé comme souvent sur C8, non pas dans TPMP (as in « Temps de Parole Merdique et Pathétique », donc) mais dans  C’est que de la télé, une émission dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce qu’à la faveur d’une balade matinale sur internet, j’apprenne qu’une chroniqueuse, une certaine Francesca Antoniotti, a déclenché un tollé mardi soir en affirmant que les hommes au foyer manquaient de virilité et n’étaient pas de « vrais hommes ». (Attention, le paragraphe qui suit peut heurter les personnes équipées d’un cerveau, merci de les éloigner de l’écran.) Dans la séquence visible ici, la jeune femme déclare aussi : « Rendez-nous Charles Ingalls quoi ! Un homme, faut qu’il aille couper du bois, faut qu’il donne à manger à sa famille », « sexuellement, si vous ne voyez plus votre homme comme un homme fort qui coupe du bois, par exemple, il ne peut plus vous exciter » et encore : « Les femmes aiment le pouvoir. Les femmes aiment l’ambition. Je ne suis pas faux-cul. J’aime un mec qui en a. »

A part regretter que cette dame utilise ses coudes plutôt que ses neurones pour penser, il n’y aurait pas eu grand chose à dire de tout ça si le combat de boue dans l’arène virtuelle qui a évidemment suivi la séquence n’avait pas tourné rapidement en faveur de Charles Ingalls, Robert Mitchum, Joey Starr et autres hommes sévèrement burnés que d’aucunes appellent aussi, les yeux en emoji coeur, des « bad boys. »

Et là ça devient très grave pour nos fins de soirée, Mesdames, et c’est la raison pour laquelle je me dois d’intervenir d’urgence #Ghostbuster, I mean #SexistBuster.

En ces temps troublés où l’on tente de redéfinir les contours de la séduction et donc, des rôles genrés pour prévenir les agressions sexuelles et le harcèlement qui, tout le monde en conviendra j’espère, n’ont rien de sexy, il va falloir que nous, les femmes, fassions notre part du job et nous libérions de ces préjugés virilistes préhistoriques qui ne font de bien à personne, surtout pas à nous.

Il est urgent que nous lâchions cette idée absurde selon laquelle un homme sexy est un homme qui nous tire les cheveux, et qu’un homme gentil est un pauvre type, c’est à dire une « tapette » c’est à dire un homme efféminé c’est à dire une femme. Il est urgent, non tu sais quoi ?, il est vital que les qualités attribuées de manière aléatoire il y a des milliers d’années aux femmes par un Dieu machiste et bas de plafond – « Bon les meufs, nous on prend le courage, la force et le sens de l’orientation, et vous, vous aurez la gentillesse, la douceur et la bienveillance, que des trucs qui servent à rien, ohahoh trop nazes ! » – il est urgent, disais-je, que ces qualités soient enfin appréciées à leur juste valeur et désossées de leur genre. 

Et il est urgent de lever un malentendu persistant : non, Francesca et les autres, Charles Ingalls n’a jamais été et ne sera jamais sexy parce que :

Charles Ingalls préfère les hommes. Contrairement à ce qu’il prétend, Charles Ingalls n’aime pas les femmes. Il en nique beaucoup, le plus possible, parce que c’est son rôle d’homme et que sa virilité en dépend, mais il ne supporte pas leur présence en dehors des moments où il est à l’intérieur d’elles. Une femme, dans l’esprit de Charles Ingalls, c’est pas fait pour parler, c’est fait pour qu’on y range son pénis et c’est d’ailleurs pour ça que Charles Ingalls est terrifié par la friendzone, cette cage aux lions labyrinthique infestée de serpents venimeux dont on ne sort qu’au prix de sacrifices inhumains et de ruses machiavéliques, également appelée « amitié. » L’amitié, Charles Ingalls la réserve strictement à ses copains mecs avec lesquels il passe le plus clair de son temps à parler des meufs qu’ils ont « déglingué », « démonté », « cassé en deux »… Bref, Charles Ingalls est un homme qui aime les hommes, mais pas comme ça parce que c’est dégueulasse. De son côté, le gars gentil a des potes mecs et des potes meufs auxquelles il n’a pas envie de montrer son sexe, tout simplement parce que son sexe n’est pas un flyer qu’il distribue à la sortie du métro, et qu’il dissocie son pénis de son activité sociale : bien vu !

Charles Ingalls : 0 – Gars gentil : 1

Charles Ingalls a peur des femmes. Pas physiquement bien sûr car Charles Ingalls n’est pas une grosse tapette. En revanche, Charles Ingalls n’aime pas les filles faciles, celles qui couchent le premier soir parce que bon ben, elles en ont envie, celles qui montrent leur désir sexuel, celles qui demandent au lit, celles qui assument leur sexualité alors que la sexualité, c’est réservé aux hommes. Il préfère les filles qu’il faut forcer un peu, celles qui disent non mais qui pensent oui, celles qui baissent les yeux et attendent qu’on leur adresse la parole. En fait, Charles Ingalls aime les lapereaux. A contrario, le gars gentil aime beaucoup les filles faciles, et même les filles qui font le premier pas : ça lui évite de le faire et en plus, il trouve ça super flatteur.

Charles Ingalls : 0 – Gars gentil : 1

Charles Ingalls est un mauvais coup. L’empathie n’étant pas sa qualité première, le plaisir de la femelle lui importe autant que sa première gourmette prénom (oui, je caricature un peu : c’est mal, je donnerai 1€ à la Fondation pour la Protection des Vrais Mecs, promis). Il prend d’abord son pied et si elle attrape le sien au passage, tant mieux, sinon, bon ben tant pis. En général, les filles que nique Charles Ingalls sont des filles cools, par rapport aux filles chiantes qui sont les féministes et les lesbiennes. Or les filles cools aiment que ça fasse mal et c’est normal : elles ont appris dès leur plus tendre enfance que l’amour fait mal (et aussi qu’il faut souffrir pour être belle : les filles cools sont donc prêtes à dérouiller). Comme elles sont cools, mais également modernes, elles ont trouvé un plan pour s’émanciper sans faire chier Charles Ingalls : prétendre qu’elles aiment ça. Malin ! Enfin, surtout pour Charles Ingalls… Le gars gentil, lui, est plus dans la joie d’offrir (dans le plaisir de recevoir aussi, bien sûr). Donc il pose des questions, demande la permission, s’est renseigné un minimum sur le clitoris (quoi, où, comment ?) quand Charles Ingalls pense encore que c’est le nom d’une maladie vénérienne. Souvent, le gars gentil ne sort pas du lit -ou du clic clac- comme s’il courait le danger que la fille avec laquelle il vient de faire l’amour se mette à parler, et même, des fois, il parle le premier. Le gars gentil est décidément plein de surprises.

Charles Ingalls : 0 – Gars gentil : 1

Charles Ingalls est épuisé. Il a fait des trucs de vrai mec toute la journée (soulever de la fonte, parler mal à sa mère, dépasser les limites de vitesse avec sa grosse voiture, tabasser un singe ou une hôtesse de l’air…) et surtout, il a passé la journée à protéger sa virilité soigneusement rangée dans son boxer. En effet, la virilité de Charles Ingalls dépend entièrement du totem d’immunité qu’il a entre les cuisses dont son père, son grand-père et les filles cools lui ont dit qu’il était le symbole de sa puissance. Problème : un boxer en coton, même rangé derrière un jean, c’est très fragile, il faut donc le surveiller H24 et 7j/7. Alors que le gars gentil, mieux organisé, a mis sa virilité dans plein d’endroits différents : ça lui permet d’être plus détendu quand son pénis a un problème, ce qui arrive bien sûr aux meilleurs d’entre eux. « Pas de problème chérie !, peut dire le gars gentil, ma bite ne fonctionne plus mais comme j’ai un générateur au niveau du cerveau, je vais trouver un moyen de nous sortir de là / de te faire du bien ! »

Charles Ingalls : 0 – Gars gentil : 1

Charles Ingalls est un enfant mal élevé. Charles Ingalls ne supporte pas la frustration, ce que les filles cools prennent pour une preuve de bestialité, rrrrrhhhh sexyyyy. Il ne demande jamais la permission, il se sert, et quand on lui dit non, il se met en colère, crie, tape du pied et traite les filles pas cools de salope. A contrario, le gars gentil respecte l’être humain équipé de seins et d’une vulve qu’il a en face de lui et le traite comme tel, ce qui évite bien des malentendus et des tracas bilatéraux. Et comme, je le répète, le gars gentil n’a pas mis tous ses oeufs dans le même panier (métaphore sponsorisée par Jean-Marie Bigard, merci à lui de soutenir la cause !), il n’est pas traumatisé à vie quand une fille avec laquelle il veut coucher lui dit non. Il respecte sa réponse, qu’il ne prend pas pour une attaque personnelle ni un putsch contre son zizi sacré. 

Charles Ingalls : 0 – Gars gentil : 1

Je pourrais continuer ainsi pendant des heures, mais je suis fatiguée d’avoir à démonter des stéréotypes, je préfère monter des plans de travail.

Nous ne pouvons pas demander aux hommes de faire leur révolution sans faire aussi la nôtre.

Nous ne pouvons pas balancer les porcs et kiffer les bad boys : ce sont les mêmes, à quelques nuances près.

Nous ne pouvons plus confondre la grossièreté et l’indépendance, l’egocentrisme avec la confiance en soi, la brutalité avec la passion, la douleur avec le plaisir.

Nous ne pouvons plus être à ce point réactionnaires, alors que partout dans le monde et en France, des GIs (comme Gars Intelligents) luttent contre les Trump, Bolsonaro et autres bad boys que d’aucun.e.s continuent d’admirer au point de les choisir comme présidents de leur pays. Cette semaine, j’ai vu deux films merveilleux (mais genre, vraiment) réalisés par des hommes dont les héros sont sensibles et tendres, et terriblement sexy aux yeux des femmes fortes qui leur donnent la réplique. Ces deux films, c’est Le grand bain de Gilles Lellouche qui cartonne en salles, et En liberté de Pierre Salvadori avec Pio Marmaï et Adèle Haenel, entre autres – un bijou d’humour, d’intelligence et de sensibilité. Les héros du Grand bain et de En liberté, sorry not sorry Charles Ingalls, mais je préfère mille fois coucher avec eux qu’avec toi. Idem pour les quatre héros d’une série formidable dont j’ai regardé le premier épisode hier soir avec mon Monsieur : Vingt cinq, un Girls au masculin en moins bavard et tout aussi drôle et réaliste, créé par Bryan Marciano auquel j’aurais très envie de faire des guilis si mon Monsieur n’était pas si solidement amarré dans mon esprit. Et puis il y a @tubandes, lr compte nécessaire qui interroge très intelligemment les stéréotypes de genre, la virilité et les injonctions faites aux hommes par certains hommes et certaines femmes.

Et tous les autres que je ne cite pas.

Et tous ceux qui arrivent.

Charles Ingalls est un connard que seules des bûches trouvent désirable. Les autres savent.

* Les gens à qui je dis que je bricole poussent souvent des hauts cris : « Quoi, mais ton mec bricole pas ?!? » Non, mon mec ne visse pas une ampoule, et quand l’évier fuit, son premier réflexe est de m’appeler. Et j’adore qu’il le fasse sans craindre de porter ainsi préjudice à sa virilité. Qui se porte très bien, merci pour elle.

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#NousToutes : la marche contre les violences sexuelles et sexistes. Elle aura lieu le 24 novembre à Paris, le lendemain de mon anniversaire (notez-le ^^). Vous pouvez participer au financement de l’organisation, de l’impression des flyers et des foulards de ralliement ainsi qu’au transport des personnes à faibles revenus jusqu’à demain. Ou tout simplement venir en bande, pour qu’on soit des centaines de milliers à dénoncer des comportements d’un autre temps.
#6novembre15h35 : c’est l’heure à partir de laquelle les femmes françaises cessent virtuellement d’être payées pour le travail qu’elles effectuent, du fait de l’inégalité des salaires. L’égalité économique est la première marche vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Pour vous mobiliser, rendez-vous sur le site des Glorieuses, à l’origine du mouvement.
Les meufs de la semaine : Dahna Goldstein et Alex Posen, à l’origine de Resistance by design, qui vend des foulards en soie imprimés du visage de chaque femme démocrate candidate aux élections de mi-mandat qui auront lieu le 6 novembre aux Etats-Unis. L’une des nombreuses initiatives mode anti-Trump dont on espère qu’elles seront efficaces…
L’idée géniale : l’urinoir pour femmes, inventé par l’entrepreneure Nathalie des Isnards pour instaurer la parité du pipi dans les lieux publics et réduire les files d’attente aux toilettes. Conçu pour être hygiéniques, écolos et efficaces, puisque le temps de pipi devrait être divisé par 3, MadamePee sera testé IRL le 17 novembre à l’occasion de l’Urgent Run.