Les inconvénients d’être féministe (liste non exhaustive)2018-10-18T11:08:40+00:00

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Les inconvénients d’être féministe (liste non exhaustive)

Le féminisme est nettement moins peinard que le pilates, comme personne ne le précise jamais…
lundi 15 octobre

 

Dans l’un de mes premiers posts déjà, je répondais aux réactions sceptiques, ironiques, agacées ou simplement curieuses qui ont accompagné le lancement de ma newsletter féroce, féminine, fun, foutraque, fofolle et disons-le carrément : féministe. « Encore un truc féministe ! », avait-on soupiré. « Mais y en a déjà plein, tu devrais faire autre chose », « C’est une mode, ça va passer, et après tu feras quoi ? », « C’est chiant le féminisme, tu fais des trucs drôles, toi ! », m’avait-on dit. Pleine d’enthousiasme et d’optimisme (j’étais si jeune, il y a un mois et demi…), je trouvais alors naturel de justifier cet engagement avec les arguments les plus affûtés, les mots les mieux choisis et pesés avec le soin maniaque qu’un espoir du Fooding met à élire des topinambourgs d’exception sur un étal de fruits et légumes griffés, le regard caressant l’horizon éclairé par la promesse d’une société plus égalitaire et plus juste. Ca m’est vite passé. Très rapidement, j’en ai eu ma claque que la plupart des gens (pas tous, mais encore trop) considère le féminisme et donc, l’égalité réelle entre la moitié de l’humanité et l’autre moitié comme un hobby chelou et assez casse-couilles, un peu comme le violon ou la pâte Fimo. En fait les gens sont tous plutôt pour le féminisme, pourvu que l’on s’entraîne en silence dans sa chambre avec un violon en plastique.

Ce qui m’amène au premier inconvénient du féminisme : c’est le gonfle-pneu de la dernière roue du carrosse des causes sympas à défendre, loin derrière… eh bien, à peu près toutes les autres. Imagine-t’on quelqu’un soupirer : « ah non, me dis pas que tu recycles tes bouteilles en plastique toi aussi ?! » ou « non mais faut pas exagérer, TOUS les maîtres n’abandonnent pas leurs animaux sur une aire d’autoroute ! » ? Est-il concevable que l’on puisse arguer : « Y a presque plus de crimes racistes en France, que les Noir.e.s arrêtent donc de se plaindre ! » ou « OSEF des analphabètes, y en a qu’1% en France ! » Non, évidemment. Hélas, en France, pays des droits de l’homme et de la révolution, le féminisme est à peu près aussi populaire que le verglas, et là où personne ou presque n’osera dire à voix haute : « Fuck la couche d’ozone, j’adore l’idée de faire des barbec’ en février ! », ça ne gêne personne de déclarer : « Les femmes ne sont pas si malheureuses en France » ou « Et les violences contre les hommes, ça, personne n’en parle ! ». Je ne fais là que citer deux réflexions parmi la bonne dizaine du même genre qui m’ont été faites au cours d’une seule soirée, celle de samedi dernier que j’ai passée en compagnie de congénères bobos éduqués et super ouverts… sauf en ce qui concerne #MeToo, les violences faites aux femmes ou les agressions sexuelles. Là, bizarrement, on assiste à un claquement musculaire de neurones dû à une ouverture d’esprit trop grande sur d’autres sujets plus importants, sans doute.

En fait les gens sont tous plutôt pour le féminisme, pourvu que l’on s’entraîne en silence dans sa chambre avec un violon en plastique.

Le deuxième inconvénient du féminisme est qu’on a l’impression de passer sa vie sociale à se justifier de s’intéresser aux inégalités entre les hommes et les femmes alors que des phoques se font massacrer sur une banquise à moitié fondue et que des réfugié.e.s sont chassé.e.s de chez eux/elles par la guerre pour être acceuillis par des jets de pierre en Europe. Aaaaaaah, « l’importance de la cause », comme s’il existait une échelle de Richter de la noblesse des sujets de préoccupation citoyenne, déterminée en général par des gens qui se garent sur les places réservées aux handicapés pour aller faire une course « cinq minutes », et sur laquelle le féminisme ne peut prétendre au mieux qu’à l’écharde du dernier barreau bouffé par les termites… Comme si le cerveau n’était qu’un bloc monolithique incapable de s’intéresser à plusieurs choses en même temps… 

Vu que la plupart des gens considèrent que les femmes ne sont pas si malheureuses en France et qu’il y a d’autres combats plus importants à mener, les oreilles des féministes saignent en permanence : c’est le troisième inconvénient. Toute la journée et toute la soirée, pour peu que vous fassiez votre outing public ou que l’on vous oute publiquement (on y vient), les gens prennent vos oreilles pour des décharges publiques dans lesquelles ils jettent tout et n’importe quoi, sans faire le tri. Ainsi votre couche d’ozone interne s’agrandit-elle dangereusement à cause de réflexions polluantes telles que : « Avoue que certaines féministes en font trop… », « Toi ça va, t’es pas extrêmiste… », « Et puis l’écriture inclusive, franchement, on s’en fout, non ? » et de pseudo-statistiques que l’on vient y balancer sans vergogne. Sachez-le, petit.e Padawan féministe, les gens ont toujours des brouettes de statistiques sorties de nulle part à vous enfoncer dans la bouche pour vous faire taire et si possible, atteindre le cerveau histoire de le déradicaliser et le remettre sur le droit chemin de la pensée unique et donc, majoritairement masculine. Peu importe les statistiques officielles que vous connaissez, vous, pour vous intéresser de près à tel ou tel sujet, peu importe que les viols soient de moins en moins condamnés alors que les dépôts de plainte ont augmenté de 40%, il y aura toujours quelqu’un dans une soirée pour vous expliquer que #MeToo était, au choix, « une révolution de bourgeoises frustrées » ou « un truc mal organisé, de toute façon ». C’est en général après cette réflexion de longue portée que votre interlocuteur vous achève en vous signalant que chez lui, ça ne se passe pas du tout comme ça, ce qui devrait être de nature à ruiner vos lectures, réflexions et études sur le sujet : 

Un gens : « Ouais, mais moi j’ai jamais mis ma main au cul d’une meuf. » 

Vous : « Ah bon, ah mais dans ce cas le harcèlement sexuel n’existe pas, excuse-moi, je me suis trompée, j’avais mal vu, annulez tout, on remballe ! »

Titou Lecoq parle de ce phénomène dans sa dernière newsletter que je vous invite à lire urgemment. 

Alors évidemment, devant tant de conneries paternalistes et auto-satisfaites (pléonasme ?) persuadées d’incarner La Vérité, la ride du lion de la féministe se creuse inévitablement : c’est le quatrième inconvénient. J’aimerais que quelqu’un.e invente le Botox mental pour paralyser mon cerveau lorsque quelqu’un me dit : « Ce qui est lourd avec les féministes, c’est qu’elles sont toujours en colère. » Cela m’éviterait de répliquer que le jour où l’on ne considèrera plus qu’un homme au foyer est un loser alors qu’une femme au foyer est une mère dévouée et donc, une femme bien, je ne serai plus en colère, et ne passerai donc plus pour une hystérique. Essayer d’ouvrir les yeux des gens sans pied de biche alors qu’ils sont fermés à double tour et protégés par une alarme est fatigant. Le féminisme est encore plus épuisant que le triathlon, que je n’ai jamais essayé mais qui a l’air bien crevant : c’est le cinquième inconvénient, comme me le disait mon pote Sisyphe encore l’autre jour.

Les relations sociales en prennent également un coup (sixième inconvénient). A l’époque où vous vous intéressiez au cinéma italien ou à la peinture sur soie, vos ami.e.s disaient aux autres de vous : « Je te présente Jeanine, elle adore Visconti » (ou peindre sur de la soie), les gens hochaient alors la tête avec enthousiasme ou politesse et on pouvait passer aux Tuc. Désormais ces ami.e.s vous présentent en disant : « Voici Jeanine, attention elle est féministe ». J’ai remarqué qu’ils précisent toujours « attention », comme pour dire : « Voici Jeanine, fais pas attention, elle a le syndrome de la Tourette » ou « Voici Jeanine, attention, elle a un herpès génital virulent ». Résultat, lorsque je suis en présence de personnes non contaminées par le féminisme, j’ai bêtement tendance à surjouer la jovialité et la bonne humeur sous le regard inquiet de la puissance invitante qui me traite un peu comme le vieil oncle vaguement facho qu’on empêche de boire à Noël. Jusqu’à présent, je résiste à la tentation de leur faire toucher mes mollets pour qu’ils constatent que je m’épile.

On se sent parfois un peu seule quand on est féministe (septième inconvénient). Coincée entre les gens qui vous disent « elle est jolie Marlène Schiappa, c’est dommage… » et les « vraies » féministes, ces féministes Label Rouge qui semblent avoir lu tout Beauvoir, tout Halimi, tout Héritier, tout Steinem en VO, qui parlent gender studies, intersectionnalité, féminisme écologique, féminisme différentialiste, afro-féminisme on se sent perdu.e quelque part entre le marteau et l’enclume, à la fois trop (pénible, pour les un.e.s) et pas assez (légitime, pour les autres). Il faut laisser tomber immédiatement ce perfectionnisme contre-productif et commencer à lire Bad feminist, l’ouvrage déculpabilisant de la journaliste et essayiste américaine Roxane Gay dans lequel elle explique que la défense de l’égalité des sexes est compatible avec nos contradictions et n’impose pas d’être moralement irréprochable. Ni de tout savoir sur les différents courants féministes dans le monde depuis leur origine.

Reste qu’on est nettement moins naïf.ve quand on est féministe : huitième inconvénient. Lorsque vous étiez féministe comme tout le monde, c’est à dire féministe avec modération, persuadée que l’égalité c’est cool mais que c’est bon, on l’a, la preuve on travaille et on a le droit de divorcer, dossier suivant, vous aviez le temps et l’envie de penser à autre chose -des choses plus ou moins importantes mais qui vous concernait directement, vous, et avaient un impact immédiat sur votre bien-être, votre satisfaction ou disons, votre paix intérieure personnel.le.s. Or le féminisme, c’est un peu comme si vous aviez enfilé des lunettes à infra rouges que vous ne pouviez plus enlever. Avec ces Google Glasses ou plutôt, ces Feminist Glasses sur le nez, vous remarquez la poussière sexiste qui ne nous gênait pas jusque là accumulée sous les meubles et dans les coins. Et bientôt, vous ne voyez plus que ça, alors vous commencez à nettoyer un coin, qui fait paraître l’autre coin encore plus poussiéreux par contraste alors vous retroussez vos manches et bientôt, la poussière se transforme en mouton puis en troupeau et vous êtes tenté.e de baisser les bras devant l’ampleur de la tâche et le peu d’aide dont vous disposez mais c’est le neuvième inconvénient du féminisme : il n’y a pas de retour possible. Enfin, j’imagine que certaines personnes laissent tomber en se disant : « Oh et puis merde, j’ai le droit de vote, c’est déjà pas mal, voyons ce que j’ai raté dans Les Marseillais » mais à mon avis, c’est rare. Lorsqu’on commence à gravir le sujet des inégalités entre les hommes et les femmes en France et dans le monde, même sans équipement adéquat, même en tongs, on continue, parce que le sujet nourrit l’intérieur comme aucun aliment n’y parviendra jamais et que l’on se sent tout d’un coup puissant.e et libre de penser et d’agir pour commencer enfin à écrire l’histoire, sans plus se contenter de regarder le stylo (ou le clavier). Et ça, ça compense tous les inconvénients.

PS : je n’ai pas évoqué le dixième inconvénient, les trolls. Du temps où j’étais une féministe light, une féministe à teneur réduite en sujets qui fâchent, je coulais des jours heureux sur les réseaux sociaux où mes ami.e.s virtuel.le.s posaient délicatement  des coeurs, des pouces levés et des emojis chatons sur mon feed. C’est fini. Depuis que je suis considérée comme une féministe hardcore, une Vin Diesel du féminisme (LOL), je m’en prends plein la gueule. Je ne sais pas comment les féministes plus exposées médiatiquement que moi font pour ne pas se rouler en position foetale sous le divan de leur psy : peut-être qu’elles se sont habituées. Ou peut-être qu’elles ne lisent pas les commentaires. A moins qu’ils ne renforcent leur détermination. Ouais, si ça se trouve, les féministes bouffent la haine des réactionnaires au petit déjeuner, et ça leur donne de l’énergie pour continuer leurs combats. Allez savoir, avec ces créatures fantastiques.

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La première femme cheffe économiste du FMI s’appelle Gita Gopinath et elle a 46 ans. Actuellement professeure d’économie à Harvard, l’Américaine d’origine indienne prendra ses fonctions à la fin de l’année et sera la première femme à ce poste. Pour info, les départements de recherche du FMI, de la Banque mondiale et de l’OCDE sont désormais pilotés par des femmes. Un petit pas pour les femmes, un grand pas pour l’humanité.
La culotte menstruelle est-elle la nouvelle cup ? Lavables facilement, efficaces douze heures, discrètes, hypo-allergéniques, respectueuses du corps et de l’environnement… Jusqu’ici, il fallait commander ses culottes menstruelles aux US. Bonne nouvelle, deux sociétés françaises, Fempo et Réjeanne, se lancent sur le créneau de la lingerie menstruelle avec des culottes aussi jolies qu’intelligentes. 
Réhabilitons les belles-mères ! C’est le projet de l’historienne Yannick Ripa et de l’ouvrage collectif qu’elle a dirigé, « L’étonnante histoire des belles-mères » dans lequel on apprend sans surprise que la figure de l’effroyable belle-doche est une invention de la société patriarcale et n’a pas d’équivalent masculin. A se faire offrir par sa belle progéniture à Noël (ceci est un message personnel à mes trois BFs).

Les mamies baisent aussi, comme le rappelle la photographe américaine Natalie Krick, qui vient de réaliser une série de nus sexy mettant en scène des femmes de plus de soixante ans afin de dédiaboliser la sexualité des seniors et rappeler qu’à l’instar de la beauté et de la féminité, la sexualité n’a pas d’âge. La série non censurée est à admirer dans son intégralité sur bust.com.