Pourquoi l’enseignement de la sexualité à l’école devrait être renforcé2018-09-19T15:46:10+00:00

Project Description

Pourquoi l’enseignement de la sexualité à l’école devrait être renforcé

La rentrée scolaire est un moment particulièrement favorable aux mirabelles, aux poux et aux rumeurs ridicules et anxiogènes. Cette année : l’apprentissage obligatoire de la masturbation en classe dès la maternelle. Et si la psychose générée par cette fausse information occultait une vraie bonne idée ? 
Vendredi 14 septembre

Tout a commencé le 26 août, alors qu’on avait encore du sable entre les neurones et le cerveau pas encore solidement amarré au tronc cérébral. Une page Facebook intitulée Roubaix News partage un document prétendument officiel qui dévoile le contenu des cours d’éducation sexuelle dispensés dès la rentrée dans les petites classes. On y découvre notamment que les enfants de 4 ans seront initiés aux « premières questions sur la sexualité » tandis que leurs aîné.e.s de 5 ans feront « l’expérience des premières amitiés sincères et relations amoureuses avec des êtres du même sexe ou de l’autre sexe. » Il n’en fallait pas plus pour que ce post soit partagé plus de 10 000 fois en moins de 24h et que l’opinion publique réclame la tête de Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes, accusée cette fois de légaliser la pédophilie, d’encourager la pornographie à l’école et de rendre les rapports sexuels entre personnes du même sexe obligatoires dès l’apprentissage de la propreté. Les commentaires accompagnant cette fausse information avaient un peu le même effet sur votre foi en l’humanité que Tchernobyl sur la flore locale…

Car il s’agit évidemment d’une fausse information. On peut sans doute reprocher à Marlène Schiappa bien des choses, on peut par exemple regretter qu’elle invite à ses premières universités d’été du féminisme (super idée !) Raphaël Enthoven ou Elisabeth Levy (parce qu’Eric Solal et Christine Boutin n’étaient pas dispos ?), mais on ne peut pas croire qu’elle veuille introduire des disciples de Marc Dutroux dans les écoles. Même en faisant un effort surhumain de mauvaise foi. D’abord parce qu’il s’agit d’un extrait d’un dossier de cinquante-trois pages datant de 2008, qui détaille des réflexions et des recommandations à destination d’enseignants en Suisse : remboursez le scoop de dix ans d’âge qui ne concerne même pas la France… Ensuite parce que si Marlène Schiappa a effectivement évoqué ces fameux trois cours d’éducation sexuelle annuels dans une circulaire envoyée aux recteurs en août dernier, elle n’a rien inventé puisque ceux-ci sont prévus par la loi depuis 2001… mais très peu appliqués.

Malheureusement.

Alors que la société change bon gré mal gré sous l’impulsion de #MeToo, il est en effet plus impératif que jamais que des professeur.e.s et des professionnel.le.s de la santé « volontaires et formés » (infirmier.e, personnel associatif…) expliquent aux enfants et aux ados comment vivre en bonne intelligence sociale et sexuée avec les autres.

A la maternelle ou disons, au CP (je ne suis jamais allée à la maternelle pour des raisons qui me feraient digresser trop loin, je n’ai pas d’enfant et je n’en fréquente pour ainsi dire aucun, je me contenterai donc de décrire ce que j’ai connu personnellement), au CP, donc, les garçons les plus dégourdis commencent à dessiner des zizis sur les tables et à soulever les jupes des filles, et c’est de ceux-là que ces cruches tombent amoureuses, parce qu’elles ont appris, comme eux, que les garçons « c’est comme ça », on n’y peut rien. Ensuite s’enchaîneront des figures quasi imposées : triple loots, double axel, premier bisou sur la bouche, montrage de zézette, touchage de nénés, homo shaming, pipe contre une image panini, slut shaming, etc. 

Accusez-moi de dédramatiser, allez-y. Dites-moi que tout ça n’a rien à voir avec notre sujet. Prétendez que les violences sexuelles entre enfants n’existent pas. Racontez-moi que nos chères têtes blondes, brunes, rousses, roses et vertes (enfin les vôtres) découvrent les merveilles de la sexualité en regardant Piwi puis Arte, et qu’au cas bien improbable où ils auraient des questions, des doutes, des craintes sur la sexualité qui ne les intéresse de toute façon pas tant que ça, ils peuvent toujours les poser à leurs parents, car ce n’est surtout pas à l’école de s’occuper de ces choses-là.

En fait, si. Car le rôle de l’école, vous me l’accorderez, est de former des citoyen.ne.s qui vont vivre ensemble. Et selon toute probabilité, à un moment ou à un autre, coucher ensemble. Puisque le sexe fait partie de la vie, que les adultes faussement pudiques le veuillent ou non. Ces adultes-là, qu’ils en soient conscients ou non, gravent des codes et des normes dans l’inconscient de leur enfant, inconscient qui va lui dicter sa conduite avec les personnes du même sexe que lui et du sexe opposé. Et il est important, non en fait, il est fondamental, que l’école républicaine enseigne des notions de base comme le respect de la différence et de soi-même, le consentement, la gestion de la frustration, la différence entre le désir, la pulsion et le besoin, les IST, les méthodes de contraception ou la situation géographique du clitoris, qui n’apparaissait pas sur mes manuels de SVT, alors que je suis très jeune. Enfin, je n’ai pas connu le Général de Gaulle, quoi.

Si j’avais des enfants, l’idée qu’ils apprennent le sexe uniquement sur Youporn ou Snapchat me terrifieraient encore plus que de devoir répondre à leurs questions s’ils/elles étaient assez déshinibé.e.s pour me demander ce que c’est qu’un 69 (« Le département du Rhône, chéri.e ! »), une sodomie ou une golden shower. Personnellement, ça me rassurerait beaucoup qu’un.e adulte formé.e pour ça remette quelques points (G, ahaha !) sur les i pour que tous les « i » soient gaulés à peu près pareil chez tout le monde, sans distinction sociale, géographique ou culturelle. Un mode d’emploi mondialisé d’une sexualité respectueuse et consentie : voilà un chouette concept, non ?

Retour à l’accueil
L’homme de la semaine : Le Mexpliqueur. Sur son blog, Cédric alias le mexpliqueur, trentenaire hétérosexuel et père de famille explique aux mecs des trucs de mecs, comme la masculinité, le consentement des filles, le mythe de la virginité masculine, l’homosociabilité i.e le fait que les hommes préfèrent rester entre hommes, etc. C’est brillant, hilarant, et indispensable, pour les mecs comme pour les meufs.
lemecxpliqueur.com
La cuistote à suivre : Amélie Darvas. Après avoir régalé les bobos du Canal St Martin à Paris avec sa divine cantine Haï Kaï, la cheffe s’est installée dans un village de 160 habitants dans l’Hérault pour ouvrir Aponem avec sa complice sommelière, Gaby Benicio, dans un ancien Presbytère. NB : « Aponem », ça veut dire bonheur en patois pataxo : on adore le menu !
@aponem_aubergedupresbythere
L’event à ne pas rater : le Babes Day à Angers. « Tiens, y a des événements féministes cools en dehors de Paris et d’abord, c’est où Angers ? », s’est d’abord dit la Parisienne même pas casher que je suis avant de se concentrer sur le concept : faire se rencontrer des entrepreneuses et des artistes angevines pour discuter visibilité et mixité dans l’entreprise, le milieu culturel et l’art, puis guincher jusqu’à l’aube devant les platines de DJettes du cru. What’s not to love ? 
samedi 29 septembre, @babesdayfr
Une tatoueuse ultra douée : Kim Mi Hee. La Coréenne s’inspire des films, dessins animés et chansons des années 90 pour dessiner des silhouettes viriles s’accrochant au bord des yeux d’une adolescente comme si elle pleurait des hommes, un masque de femme aux paupières et à la bouche cousue… C’est mélancolique, gracieux, dérangeant, et sublime. 
@_mick_hee_