Trucs et astuces pour éviter d’attraper le féminisme et le transmettre à vos voisin.e.s2018-09-27T18:42:29+00:00

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Trucs et astuces pour éviter d’attraper le féminisme et le transmettre à ses voisin.e.s

Pour moi c’est trop tard : je suis déjà contaminée. Mais il est encore temps de ne pas vous intéresser à l’actualité de la moitié de la population mondiale car je préfère vous prévenir : être féministe, tu sais, c’est pas si facile. Être raciste ou homophobe, par exemple, c’est nettement plus peinard.
Vendredi 21 septembre

J’étais partie pour consacrer la première newsletter de #TGIF à cette histoire de prénoms français ou pas français soulevée sur le plateau de « Salut les Terriens » dimanche dernier par Eric Zemmour, ma muse, qui a reproché à Hapsatou Sy de ne pas s’appeler Corrine – déjà qu’elle est noire et femme, c’est vrai qu’elle abuse un peu… Je ne regarde pas « Salut les Terriens » car 1/ je n’arrive pas à allumer la télé, il y a trop de télécommandes, 2/ Thierry Ardisson et Eric Zemmour ont le même effet sur mon estomac qu’une promenade en bateau un matin de gueule de bois, mais puisque ces deux méchants de dessin animé se sont répandus jusque sur mes réseaux sociaux et ont donc éclaboussé mon esprit, je me devais d’intervenir.

Choisir le prénom de ses enfants dans le calendrier chrétien ou celui des dieux du stade, telle devait être ma question. J’avais donc prévu de vous parler du mien, de prénom, un prénom étranger et 100% païen mais qui a le mérite de sonner blanc et CSP+, j’allais philosopher sur la tristesse d’une France uniforme et beige où tout le monde s’appelerait Patrick ou Ildefonse (23 janvier) tout en me disant que ça ne doit pas être évident tous les jours de s’appeler Ildefonse, quand j’ai reçu ce message sur Instagram : « Trop dommage que tu sois devenue féministe, j’aimais bien ton blog avant.

S’il avait été isolé, je ne l’aurais sans doute pas mentionné ici, mais il se trouve que les posts que je laisse régulièrement sur Facebook ou Instagram parmi d’autres plus ou moins personnels, cette conversion au dogme de l’égalité hommes-femmes (#henriIV) que j’affiche publiquement inquiètent un certain nombre de mes lectrices fidèles – les lecteurs se sont massivement barrés, comme si l’exposition à mes posts risquait de leur abîmer la prostate.

Il me semble donc nécessaire de faire un point sur le f…. le fémi… le « F word », comme disent les américains lorsqu’ils veulent dire « Fuck » poliment. Comment ça s’attrape, est-ce que ça fait mal, faut-il se faire vacciner, quel traitement suivre en cas de contamination, peut-on vivre avec le féminisme, peut-on continuer d’avoir des rapports normaux voire sexuels avec les hommes ?

Toutes les questions qui suivent m’ont réellement été posées par des gens sympas IRL et tous équipés d’un cerveau. Mon propos n’est donc pas de les pointer du doigt mais de répondre une bonne fois pour toutes avec franchise et cet humour qui fait ma réputation sur les cinq continents  #modestie.

#TGIF est-il un blog féministe ?

Je traite ici de questions d’actualité qui concernent la majorité des Françaises et je tire mon chapeau à des femmes dont le travail, l’art, la créativité, l’initiative, l’esprit m’inspirent et m’enthousiasment. Ces femmes se sont affranchies des règles ou ont inventé les leurs pour créer quelque chose de nouveau, de beau et/ou de bon. Ce ne sont pas mes copines, je ne les connais pas, je n’ai aucun rapport commercial avec elles, juste : ce qu’elles font et sont réveille ma foi en l’humanité, et comme elles n’ont pas la visibilité médiatique ni les millions de followers qu’elles méritent, je fais le relai à mon tout petit mini niveau.

Mais t’es pas vraiment féministe, vu que tu bosses dans des magazines féminins…

Cette réflexion est revenue très, très souvent et d’une certaine façon, je la comprends. Car le fait d’encourager les femmes à être libres tout en leur donnant à voir des femmes au corps, à la couleur, au dressing et à la réussite sociale et professionnelle calibrés sur un modèle unique depuis les années 50 a un côté contradictoire, voire franchement schizophrène. Et je participe à cette schizophrénie puisqu’en effet, j’écris depuis 15 ans dans la presse féminine, que je lis aussi, avec plaisir et beaucoup de recul, comme j’imagine -je l’espère !- la plupart des lectrices. Le fait de m’intéresser à la mode, secteur pas complètement de pointe au niveau du respect des femmes et des êtres humains en général ne m’empêche pas de m’intéresser à la condition de mes voisines ou de femmes à l’autre bout de la planète. Le fait d’écouter Kendrick Lamar ne fait pas de moi une femme soumise et passive. 

Je me désole qu’en 2018, il faille encore expliquer aux gens et à certaines professionnelles du féminisme qu’il n’y a pas une seule manière casher de s’intéresser à l’avancée ou à la régression du droit des femmes. Que le fait d’être léger n’empêche pas d’être sérieux. Que le féminisme n’est pas une école qui délivre des diplômes qualifiants, dans laquelle on entre sur dossier et d’où tu es recalé.e si tu n’as pas lu les oeuvres complètes de Gisèle Halimi. Que le féminisme, ça n’est pas non plus Mario Bros : il n’y a pas de niveaux à passer ni de risque de perdre des vies si on sèche une manif pour aller chez le coiffeur ou si l’on trouve que Caroline de Haas dit parfois des conneries. Je suis atterrée qu’en 2018, tout le monde ne puisse toujours pas être féministe comme elle/il le veut, et que la plupart des gens s’imaginent encore que c’est hyper compliqué, chronophage et chiant. Alors que la plupart des gens sont convaincus que le fait de fermer le robinet quand on se lave des dents et jeter son emballage McDo dans une poubelle et pas dans le caniveau est normal d’autant que ça fait du bien aux phoques. Je suis consternée que tout le monde ou presque soit solidaire avec les phoques mais que la solidarité avec les femmes pose encore tant de problèmes et de questions (rien à voir avec les phoques : j’adore les phoques, je suis ravie qu’on s’y intéresse. Je regrette seulement qu’ils tirent toujours la couverture à eux, ces égoïstes).

Je me désole qu’en 2018, il faille encore expliquer aux gens et à certaines professionnelles du féminisme qu’il n’y a pas une seule manière casher de s’intéresser à l’avancée ou à la régression du droit des femmes.

Mais t’es pas vraiment féministe, vu que t’es drôle…

… et que je ne couche pas avec des filles à cheveux courts et bottes de chantier, que je m’épile et que je ne mange pour ainsi dire jamais de testicules au petit déjeuner ? Si quelqu’un a du détachant surpuissant contre les a priori incrustés dans la conscience collective, c’est le moment d’en mettre trois gouttes dans les coquillettes de l’assiette d’à côté. Alors c’est vrai, les féministes sont souvent en colère. Pas parce qu’elles sont hystériques de nature, qu’elles ont leurs règles tout le temps ou qu’elles n’ont pas d’humour, mais parce que l’actualité féminine n’est pas toujours très LOL. Hier soir encore, je dînais chez des copains de mon mec qui nous racontaient que cet été, une gamine de 19 ans avait été violée à la sortie d’une boîte par un jeune homme sur l’île de Ré, une région plus connue pour ses huîtres que pour son taux de criminalité. Cette jeune fille a été insultée par ses « copines » qui l’ont accusée de « toujours faire son intéressante » et par des gamins qui l’ont accusée d’avoir trop bu et d’être en short (en même temps, en août…). Le patron de la boîte lui a dit qu’il ne voulait plus la voir dans son établissement. Le violeur y a enchaîné les verres et peut-être, les attouchements et les viols, pépouze, jusqu’à la rentrée. Ce genre d’ « anecdotes », j’en ai et vous en avez sans doute des kilos à raconter tous les jours. Le fait que la plupart des gens les ponctuent d’un haussement d’épaules, d’un soupir ou d’un « oui mais… » me met littéralement en rage. Heureusement, il y a d’autres versants de l’iceberg immergé de l’actualité féminine que je peux aborder avec humour et légèreté. Et il en faut beaucoup pour garder le cerveau étanche.

Ouais, enfin, tu surfes sur la vague, quoi…

Reprocherait-on à quelqu’un d’être devenu.e sensible à la cause animale ? Soupçonnerait-on un caucasien affichant des positions anti-racistes d’être opportuniste ? Dirait-on d’un.e hétérosexuel.le favorable au mariage gay et à l’adoption/la GPA pour les couples du même sexe qu’il.elle a le sens du business ? Il y a à peine deux ans, Vanessa Paradis, Maïwenn et Marion Cotillard se défendaient vivement et publiquement d’être féministes, comme si on les avait accusées de prostituer des mineurs dans leurs caves. Les temps changent trrrrrrrrrrèèèèèèèèèèès doucement depuis #MeToo, et l’on devrait tou.te.s se réjouir que le terme se dédiabolise trrrrrrrrrrrrèèèèèèèèèès lentement plutôt que d’aller renifler les intentions des un.e.s et des autres en distribuant des estampilles – « féministe de génération en génération depuis 1852 », « féministe élevée sous la mère célibataire », etc.

T’es devenue politiquement correcte ou quoi ?!

Si le fait de décoller ses pupilles de son nombril pour s’intéresser un peu à ce qui se passe autour, c’est être politiquement correcte, alors oui, clairement, je le suis. Mais comment fait-on la différence entre politiquement incorrect.e et branleur.e immature, au fait ?

Y en a pas un peu marre du féminisme ?

Si, je vous l’accorde. Y en a vraiment marre d’expliquer encore et encore à de trop nombreuses personnes que les femmes et les hommes, c’est différent, mais qu’il n’y a pas un modèle mieux que l’autre qui mérite plus que l’autre d’être payé moins pour le même boulot ou d’avoir à faire plus attention à ce qu’il pense, dit, fait et boit, par exemple. C’est un peu comme le racisme, en fait. Y en a vraiment marre d’expliquer encore et encore à de trop nombreuses personnes que la couleur de la peau n’a aucune incidence sur la taille et le contenu du cerveau et qu’à ce titre, on ne peut l’utiliser comme un indice de la suprématie d’une couleur sur une autre. Quand ces questions seront réglées, on pourra enfin partir à la plage, ce qui est bien plus fun, je l’admets volontiers.

Comment es-tu devenue féministe ?

Il m’a toujours semblé aberrant que quiconque puisse déterminer la valeur d’une personne en fonction du contenu de sa culotte. J’ai eu la grande chance d’avoir été élevée par des parents pour qui la notion de genre n’avait aucune importance : j’étais un individu doté d’une personnalité singulière avant d’être une fille, et c’était déjà compliqué de trouver sa place dans le monde en temps qu’individu doté d’une personnalité singulière, alors s’il fallait en plus que je sois une fille, autant s’amarrer au divan de son psy tout de suite. Ce que j’ai fait – métaphoriquement du moins. Pendant longtemps, j’étais très centrée sur moi, parce que je ne trouvais pas cette place dans le monde et que cette errance me faisait mal aux neurones, qui sont un peu les pieds de la tête. Puis j’ai grandi, ce qui m’a permis de prendre de la hauteur et de constater que tout le monde ne pensait pas comme moi : certaines personnes estiment en effet que les hommes peuvent faire certaines choses qui sont encore interdites ou dangereuses pour les femmes, comme rentrer seul et tard le soir, se promener torse nu ou demander une augmentation au bout d’un an alors qu’on est pas particulièrement performant dans son job. Ca m’a semblé très injuste, et j’ai commencé à me poser des questions à voix haute. Puis un événement personnel d’une extrême violence sur lequel je n’ai pas envie de m’étendre, suivi de la déferlante #MeToo ont achevé de me radicaliser.

Comment devient-on féministe ?

C’est le concours le plus facile du monde. En fait, il suffit d’être convaincu.e que les hommes et les femmes sont des êtres différents mais égaux, et qu’à ce titre, les uns ne doivent pas se comporter comme des vétérinaires face à des teckels incontinents avec les autres. On n’est pas obligé.e de lire les grandes figures du féminisme (on peut, bien sûr), on n’est pas obligé.e de militer dans une association ou de manifester (on peut, bien sûr), on n’est pas obligé.e de ne penser qu’à ça, on n’est même pas obligée d’arrêter le vernis à ongles ou Zara : il suffit de garder au fond de soi la conviction qu’on ne vaut pas moins qu’un être humain équipé d’un pénis. Et en cas de doute, se demander non pas ce que Catherine Deneuve ferait à notre place (signer une tribune en faveur du harcèlement, sans doute), mais ce que George Clooney ferait. Et faire pareil. What else ?

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La meilleure initiative : des tampons gratuits. Depuis le 24 août, le gouvernement écossais fournit gratuitement des protections hygiéniques gratuites aux 395 000 étudiantes du pays. Pour info, le fait d’avoir ses règles -donc d’être une femme- coûte plus de 500£ par an aux Britanniques. En France, la TVA sur les protections périodiques avait été baissée de 20% à 5,5% en 2015 et depuis… Eh ben rien. 
@sylmarchetti
Le défilé qui donne vraiment envie : Chromat. New York a toujours été en avance en matière de droits des mannequins et de diversité sur les podiums. On applaudit Chromat, pionnière en la matière, dont la collection printemps-été 2019 baptisée « T-shirt mouillé » donne franchement envie de se jeter à l’eau. Vivement l’été prochain !
@chromat
L’héroïne au passé trouble : Betty Boop. Les créateurs de la petite pin-up de 90 ans ont volé ses traits, son look et son fameux « boop, boop a doop » à une jeune chanteuse de music hall prénommée Helen Kane… qui les avait elle-même piqués à Esther dite « Baby Esther » Jones, la vedette -noire- d’un club de jazz de Harlem. L’histoire de ce « whitewashing » sans scrupule est à lire (en anglais) sur bust.com.
La BD de la semaine : Pénis de table. Le dessinateur Cookie Kalkair a réuni 6 amis pour parler sans tabou de la sexualité masculine : orgasme, masturbation, fantasmes, performance, tout y passe, et ce n’est pas aussi simple qu’un va-et-vient et puis se casse. Un rappel salvateur (et très, très drôle) pour les hommes comme pour les femmes à l’heure où l’on dit beaucoup de conneries sur la sexualité des uns et des autres.
@cookiekalkair